Lettre ouverte- Durant la période des fêtes, pensons à celles et ceux qui ne peuvent pas visiter leur famille en raison des nouvelles mesures d’aide sociale.

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Lettre ouverte publiée dans Le Devoir, 17 décembre 2016.

Depuis mai 2015, une personne qui quitte le Québec pour plus de 7 jours consécutifs – ou 15 jours cumulatifs – dans un même mois perd son droit à l’aide sociale. Avec des revenus mensuels de seulement 623$, les gens sont déjà dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins de base pour le logement, la nourriture, le chauffage et les vêtements. Avec ce nouveau règlement, le gouvernement attaque la capacité des plus vulnérables de notre société à maintenir leurs liens avec famille et ami.e.s qui vivent en dehors du Québec.

Nous aimerions rappeler à François Blais, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, que la solidarité commence d’abord et avant tout avec la famille. La famille fait partie intégrante de qui l’on est; nous avons besoin d’un contact physique avec les gens qui nous sont précieux; les appels téléphoniques et les courriels ne suffisent pas.  Si notre mère, notre père ou notre frère décède ou tombe grandement malade, il faut se rendre auprès de notre famille, peu importe la situation. Quand un proche nous quitte, nous avons besoin de réconfort. Ce besoin est encore plus urgent si votre famille habite de l’autre côté de la terre et que cela fait des années que vous n’avez pas été réunis. Il est impossible de prévoir les catastrophes dans nos vies personnelles, on ne peut pas synchroniser nos deuils avec les impératifs de l’aide sociale. Dans le système actuel, les prestataires de l’aide sociale sont pénalisés pour avoir assisté à des funérailles ou visité un proche malade. De retour au Québec, ils subissent des coupures sur leurs prestations en plus de devoir faire face au stress de ne pas pouvoir payer le loyer ou l’épicerie.

Une logique similaire s’applique pour les évènements heureux de la vie : les naissances, les mariages et les fêtes tel que Noël et le Nouvel An. Comment expliquer à notre famille que nous ne pouvons pas être présents lors d’événements importants à cause des règles de l’aide sociale?  Des absences répétées peuvent entraîner des ruptures dans nos relations. Si on se déconnecte de nos familles, on devient isolé et déprimé… ce qui entraine des problèmes de santé physique et mentale.

Le fait qu’une personne qui s’absente du Québec pendant plus de 7 jours perde son statut de résidente aux yeux de l’aide sociale est le critère de résidence le plus restrictif de tous nos programmes sociaux. Avec cette mesure draconienne, le gouvernement du Québec crée une discrimination basée sur le statut socioéconomique et enfreint la Charte canadienne des droits et libertés, ainsi que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Cela empiète aussi sur le droit à la mobilité des citoyens canadiens et des résidents permanents en les empêchant de se déplacer à l’intérieur du Canada.  C’est pour ces raisons que les Services juridiques de Pointe-Saint-Charles et Petite-Bourgogne, accompagne Arié Moyal, prestataire d’aide sociale, dans sa bataille légale pour faire invalider cette mesure injuste.

Les personnes qui reçoivent de l’aide sociale sont des êtres humains dignes de respect. Pourtant le système d’aide sociale les traite comme des criminels. Désormais, même s’ils respectent la nouvelle règlementation, les gens qui voyagent doivent justifier leurs déplacements, présenter des preuves de voyage et fournir une lettre de la personne qui paie pour le voyage. En plus d’être une invasion de la vie privée, ceci est un contrôle injustifié de la part des agents d’aide sociale qui ont énormément de pouvoir discrétionnaire.

Malheureusement, il s’agit de la suite des mesures de surveillance et de contrôle imposées par notre gouvernement sur les personnes qui vivent dans la pauvreté. Les prestataires de l’aide sociale sont submergés par les demandes excessives de documents à fournir, doivent faire face à des enquêtes aléatoires et peuvent voir leur chèque retenu à leur centre local d’emploi. Avec le projet de loi 70 qui vient d’être adopté, si les prestataires ne se soumettent pas aux demandes des programmes d’employabilité qui leur seront imposés, les agents auront maintenant le pouvoir de réduire les prestations à un montant aussi minuscule que 399$ par mois et ce, sans possibilité d’appel.

François Blais, pourriez-vous vivre dans ces conditions? Si non, pourquoi demandez aux prestataires d’aide sociale de le faire?

Signé par Minouse Joseph, Marina Rishkevitch, Maria Ines Garduno avec l’appui de la Coalition Pauvre + Captif

Témoins des conséquences de cette nouvelle restriction dans la vie de leurs membres et participant.e.s, les groupes communautaires à l’initiative de la campagne pauvre + captif ont documenté les impacts de cette immobilisation forcée, qui s’attaque à la dignité des gens qui reçoivent de l’aide de dernier recours et renforce les préjugés contre les personnes vivant en situation de pauvreté.

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This Holiday Season, Let’s Remember Those Who Can’t Visit Family Due to New Welfare Regulation

Since May 2015, a person who leaves Quebec for more than 7 consecutive days, or fifteen cumulative days, in a calendar month loses their right to social assistance. With a monthly income of only $623, people are already unable to meet their basic needs for shelter, food, heating, and clothing.  With this regulation, the government is now attacking the ability of the most vulnerable people in our society to maintain their family ties with relatives that live outside of Quebec.

We would like to remind Francois Blais, the Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale that solidarity begins with the family unit.  Family is the basis of our identity and we need physical contact with our loved ones. Telephone conversations and emails are not enough.   If your mother, your father, or your sibling dies or falls deathly ill, you will have to go see them, no matter what. You need a hug when a loved one passes away. This need is even more pressing if your family lives halfway across the world and you haven’t seen them in decades.  We can’t predict when these personal catastrophes occur; we can’t time our grief to comply with the demands of the welfare system.  Under the current system, welfare recipients are punished for attending funerals or visiting sick parents.  When they return to their home here in Quebec, they are cut of welfare and face the added stress of no longer being able to pay the rent or buy groceries.

A similar logic applies to life’s happier occasions, such as births, marriages, and holidays like Christmas and New Years.  How can you explain to your family that you can’t be present at such an important occasion because of a welfare regulation?  Repeated non-attendance at family functions can cause a permanent rupture.  If we lose our family, we will become isolated and depressed, leading to other mental and physical illnesses.

This insistence that someone loses their residency in Quebec after an absence of more than 7 days is the most restrictive residency criteria of all of our social programs.  With such a draconian regulation, the Quebec government is violating both the Canadian Charter of Rights and Freedoms and the Quebec Charter of Human Rights and Liberties by discriminating against people based on their socioeconomic status.  It also violates the mobility rights of Canadian Citizens and Permanent Residents to travel inside of Canada.  It is on these grounds that the Community Legal Services of Point St Charles and Little Burgundy is assisting welfare recipient Arié Moyal in his legal battle to invalidate this unfair regulation.

People on welfare are human beings and are worthy of respect.  However, the welfare system treats them as though they are criminals.  Now, those who do travel, even those who respect the new regulation, have to justify their trip, providing plane tickets, explanations of their reasons for travelling, and letters from those who paid for the trip.  This is not only an invasion of privacy but unjustified control over the welfare recipient by an agent who has an extreme amount of discretionary power.

Unfortunately, this is merely an extension of the ongoing surveillance and criminalisation of people living in poverty by our government.  Welfare applicants and recipients are already inundated with unreasonable document requests and are subject to random inquests and the withholding of their cheque at the local employment office.  With the recently adopted bill 70, agents will now have the power to cut some welfare recipients’ benefits to as little as $399 per month if they don’t comply with the demands of an employment program that is forced on them with no right to appeal.

Francois Blais, could you live under these conditions?  If not, why demand that welfare recipients, who have committed no crime, do so?

Signed by Minouse Joseph, Marina Rishkevitch, Maria Ines Garduno with support from the Poor + Captive Coalition

Witness to the dire consequences of this new restriction on the lives of their members, volunteers, and participants, the community groups who have launched the campaign Poor + Captive have documented the impact of this regulation and how it undermines the dignity of people receiving last-resort financial assistance and reinforces prejudices against people living in poverty. 

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