Témoignage-Testimony

Diane est tombée des nues quand elle a appris que le gouvernement imposait de nouvelles coupes à l’aide sociale. En janvier dernier, le ministre du Travail d’alors, François Blais, avait annoncé que les prestataires qui partent plus de deux semaines à l’extérieur du Québec n’auraient plus droit à leurs chèques.

« Des gens à l’aide sociale qui vont dans le Sud, je ne dis pas que ça n’arrive jamais. Mais moi, j’en connais pas. »

Dans ses documents, le gouvernement prévoit que la mesure touchera 460 personnes et permettra d’économiser 1,8 million. « Ça fait juste mettre le monde sur les nerfs. Mais si ça ne te touche pas, ça va créer un stress supplémentaire. »

Diane a 63 ans et vit de l’aide sociale ; le voyage n’est même pas une possibilité pour elle. « Je ne peux pas aspirer à ça. […] Quand je les entends parler de voyage, ça me dépasse. » Son fils vit en Colombie-Britannique depuis des années. Elle n’a pas pu aller à son mariage et entretient des liens avec ses petites-filles… grâce à Skype.

Internet est le petit luxe qu’elle et son conjoint se payent. Un lien vers le monde qui compense le manque de marge de manoeuvre qui caractérise leur mode de vie. Le couple vit avec un chèque mensuel de 1313 $, dont 535 $ vont à leur trois-pièces et demie, électricité en sus.

À l’occasion, son conjoint se tape trois heures de marche aller-retour pour se rendre au supermarché qui offre les meilleures aubaines.

« Il n’y a jamais d’indexation de l’aide sociale au coût de la vie. En plus, tout augmente : Hydro-Québec, la bouffe… »

(…)

Elle-même a cumulé les boulots précaires dans le milieu avant de se retrouver sans emploi de façon définitive. « J’ai travaillé en maison d’hébergement pour femmes violentées, en résidence pour personnes âgées, en garderie. » Les problèmes de santé de son conjoint, qui se sont ajoutés à l’époque, l’ont poussée vers l’aide sociale. « Il y a eu la maladie, une perte d’emploi. Ç’a été une succession de problèmes. »

Mais elle dit que la vie n’est pas mauvaise malgré tout. « Nous autres, on considère qu’on a quand même une bonne vie, mais il n’y a pas de marge de manoeuvre. Disons qu’il ne faut pas que le frigidaire ou le poêle se brise. »

Isabelle Porter, Les «voyages» de Diane, prestataire de 63 ans, Le Devoir, 4 avril 2015.


Diane was shocked when she learned that the government had imposed new cutbacks to the welfare system.  Last January, the Minister of Employment and Social Solidarity, François Blais, had announced that welfare recipients who leave Quebec for more than two weeks would be cut from the welfare rolls.

“People on welfare who holiday down south, I can’t say that it has never happened.  But me, I’ve never heard of it.”

The government predicts that this measure who affect 460 people and would save 1.8 million dollars.  “This will just put people on edge.  Even if it doesn’t affect you directly, it will add to your stress.”

Diane, 63 years of age and on welfare, has no possibility of travelling.  “I can’t even hope to do that one day.”  Her son has lived in British Columbia for years.  She was not able to go to his wedding and can only keep contact with her grandchildren through Skype.

An internet connection is the only small luxury that her and her partner can allow themselves.  A window to the outside world that compensates for their lack of mobility.  The couple lives with a monthly welfare benefit of $1313, of which they spend $535 on their one bedroom apartment – electricity not included.

Sometimes her partner walks three hours to get to the supermarket that has the best deals.

“They never index welfare to the cost of living.  As well, the price of everything is always going up, hydro, food…”

(…)

She was able to find some precarious short-term work before finding herself completely without work.  “I worked in a shelter for victims of conjugal violence, an old-age home, a day care.”  The health problems of her partner pushed them towards welfare. “There was a sickness, a loss of work.  It was one problem after another.”

But she says that life is not terrible, despit everything.  “We believe that we have a good life, despite everything.  But we have no margin of error if things don’t turn out right.  What if the fridge or the stove breaks?”

Translated from an article written in french : Isabelle Porter, Les “voyages” de Diane, prestataire de 63 ans, published in Le Devoir, 4 avril 2015. 

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